Mood / 17.10.2019

Tout commence par une idée. 

C’est assez simple, je n’ai pas de recette miracle. J’aimerais avoir un processus bien ficelé. J’aimerais vous dire que l’inspiration est une vieille copine qui vient dès que j’en ai besoin. Malheureusement, cela ne fonctionne pas comme ça pour moi. J’ai bien espoir qu’à force de pratique, je sois capable de créer à la demande, je vois ça comme de la méditation, c’est en pratiquant que cela deviendra plus évident.

Pour que vous ayez la « Big picture », je n’ai pas de bureau attitré au studio, nous sommes de plus en plus nombreux.ses et il y a longtemps que j’ai cédé ma chaise. Et puis c’est plus simple parce que je suis attirée par tout ce qui brille et je pense que même si je n’ai pas été diagnostiquée j’ai un vrai problème de trouble de l’attention, ajoutez à cela un Master en procrastination, vous obtiendrez « Lisa Gachet » dans toute sa splendeur.

Quand je dois absolument faire quelque chose, j’ai une grande faculté à aller voir si quelqu’un à besoin d’aide plutôt que de rester concentrée sur les urgences créatives. Par cette mauvaise habitude, mes collaborateurs.trices se nourrissent de mon hyper disponibilité, si je lève le nez pour réfléchir et que je croise le regard de quelqu’un, c’est fini, je m’engouffre dans la discussion, délaissant ma chaise, mon mail, mes croquis. Je sais que je dois bosser sur ce point.

Les moments où je décide que ce sera la semaine de la création, je vais m’isoler pour dessiner les motifs ou les vêtements des futures collections Make My Lemonade. Je m’exile chez moi.  Mais là, c’est l’Île de la tentation de la procrastination. Je me suis déjà retrouvée à nettoyer la grille de mon four avec une brosse à dents plutôt que dessiner un imprimé, à plier mes chaussettes comme Marie Kondo plutôt que de coloriser une collection. On m’a dit il y a peu, que ranger à l’approche d’une échéance était une façon de faire de la place dans son cerveau et de faire de l’ordre pour créer. J’ai été ravie de l’apprendre. Alors je ne force pas le destin, parce que je sais que quand la date butoir approche, tout se met en mouvement.

Mais parfois j’ai comme la sensation de redouter la partie la plus cool de mon travail. 

Et encore je n’avais pas de photo de ma vraie capacité à retourner mon appartement…

Alors au milieu du chaos de mon salon, parmi mille bouts de papier, de la gouache, des craies grasses, j’accueille l’inspiration, un peu comme touchée par la grâce. Je me mets derrière mes feuilles et ça vient comme un flow. Cela peut durer des jours comme quelques heures, je ne maîtrise pas encore cela. J’adorerais un jour avoir un atelier où je pourrais m’étaler, sans ranger à la fin. Sans personne pour juger mon bordel. Une pièce à moi, une continuité de mes gestes. J’ai longtemps cru qu’il me manquait du temps pour être plus présente à la création mais je crois aujourd’hui que je manque d’espace. Parce que les heures passées derrière des écrans, je pourrais les passer dans ma pièce à moi, à créer des choses, si tout était là, prêt à être utilisé…

J’aimerais apprivoiser ces moments mais je me sens coupable de m’amuser autant durant ces moments de création comme si c’était trop simple et trop beau, et que j’avais intégré (de la mauvaise façon) qu’être entrepreneuse devait rimer avec difficultés. C’est fou comme on peut être conditionné.e par le monde qui nous entoure, comme si là où l’on éprouve du plaisir, il y avait forcément quelque chose de mal… J’apprends à me défaire de cela. J’ai longtemps été à la recherche de ma place en tant que fondatrice / directrice artistique / présidente. Je pense qu’au fond, j’avais peur de m’autoriser à être uniquement créative pendant un laps de temps et délaisser les autres casquettes qui incombent au rôle d’entrepreneuse. Je pouvais culpabiliser à rester enfermée chez moi pour dessiner pendant une semaine. J’avais l’impression de délaisser mon équipe alors que je m’éclatais seule avec mes couleurs, mes dessins, les histoires dans ma tête. Alors que non, je créais le fuel pour alimenter la machine.

Dans les faits, c’est très impalpable l’inspiration – et mon processus change d’une collection à une autre. Je peux croiser une association de couleurs dans un magazine. Poser une clémentine sur un canapé rose. Flâner des après-midis dans une librairie de beaux livres à la recherche de l’Epiphanie. Rencontrer une personne solaire qui me fait découvrir un film. Il y a eu des collections où je passais beaucoup d’heures sur Pinterest, mais je me rends compte qu’aujourd’hui, c’est moins le cas. Time of my Life, c’était une collection Instagram, clairement, c’était un condensé des couleurs enregistrées dans mon application. Pour Paris de coeur le mood board c’était mes photos mais l’idée de base était plus autour du produit, et tous ces graals vestimentaires que l’on recherche, le pantalon à pinces en tissu de costume, le trench, les petits carreaux de papy etc..

Aujourd’hui nous avons un rythme soutenu, d’ailleurs la fréquence de nos collections a été un peu revue pour sortir trois grandes collections par an. En Janvier, Avril et Septembre, puis pour ponctuer ces trois grandes collections il y aura des mini capsules qui viendront les agrémenter. Produire moins de pièces mais plus souvent. C’est un nouveau rythme que nous allons mettre en place avec une petite capsule hyper colorée qui viendra réveiller Paris de coeur en Octobre.

tableau réalisé en juin 2019 suite à notre “séminaire”

Pour vous expliquer encore un peu le processus de création, je voulais vous montrer un graphique que nous avons réalisé tous ensemble lors de notre « séminaire » en Juin dernier. Ce graphique avait pour but d’expliquer à chacune des personnes qui travaillent chez nous, et aux futures recrues, qui fait quoi dans la société. Ce que j’adore avec Make My Lemonade c’est notre agilité à faire les choses vite et depuis le mois de Juin, ce tableau-là, a encore un peu changé. Mais je trouve intéressant de vous le partager pour comprendre le processus de fabrication de nos/vos vêtements.

Mars 2019, tableau de suivi de production dans le studio, pour que chacun sache où nous en sommes.

 Saison après saison, on essaie d’avoir un peu plus d’avance sur notre rétro-planning. Le rétro planning, c’est un peu le nerf de la guerre chez nous. C’est la date de lancement idéale. Ensuite on enlève :

  • une semaine de mise en place chez notre logisticien à Rodez,
  • une semaine supplémentaire de transport de nos ateliers vers la logistique,
  • trois ou quatre semaines de production,
  • une semaine de transport pour nos matières et fournitures,
  • trois ou quatre semaines pour la fabrication de nos imprimés dans nos tissus,
  • et durant ces semaines, nous devons créer les nouveaux modèles prototypes, les dossiers techniques, analyser les anciennes collections, et c’est comme cela que nous obtenons la date à laquelle je dois rendre mes dessins de motifs et de vêtements.

Attention, si nous sommes parfois en retard sur notre timing ce n’est pas uniquement dû au fait que j’étais en train de nettoyer la grille de mon four. Mais ce que nous avons appris, c’est que jamais rien ne se passe comme prévu. RIEN. Un camion perdu, injoignable, pendant 3 jours entre la Belgique et la France, un carton entier reçu de robes montées sur l’envers du tissu, une broderie placée dans le dos… Un de nos grands chantiers en ce moment est de prendre de l’avance sur nos plannings pour être plus proactifs afin absorber les petits couacs pour que tout soit parfait et que cela se passe sans friction pour nous comme pour vous.

Aujourd’hui, si nous devions prendre une photographie de la vie de Make My Lemonade, nous sommes encore trop petits et encore un peu fragiles pour limiter mon rôle à celui de Directrice artistique. Je dois mettre la main dans le moteur régulièrement pour aider : les relations avec les façonniers / recrutements et ressources humaines / peintures et petits travaux en tout genres / organisation de la vie de l’entreprise / community management etc… Et puis j’aime ça, même si cela me dé-focus de ma valeur ajoutée, pour l’instant j’ai la sensation que cela montre aussi l’exemple à mes collaborateurs.trices, que l’entraide est une des valeurs fortes de ma société et que l’objectif commun est plus important, qu’il vaut mieux jouer pour gagner le match que de faire grimper ses statistiques personnelles. Je pense que c’est un passage obligé lorsque que l’on entreprend de toucher à tout, pour mieux déléguer, et aussi découvrir et mettre en exergue ce qui nous rend profondément heureux.se. Et tout mettre en oeuvre pour trouver le temps et l’espace pour s’y adonner le plus souvent possible.

bisous.

Lisa

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COMMENT COUDRE UNE ROBE DARIA ?

LE PATRON

LE PATRON Wanted !

LE TISSUS

LE TISSUS Wanted !
Mood / 17.10.2019

Bonjour à toutes et tous.

Cette newsletter sera bimensuelle. Je vous parlerai sans langue de bois et probablement avec beaucoup de diplomatie de mon quotidien d’entrepreneuse. Ce format de newsletter j’en parle depuis plus d’un an et pour moi ce n’est pas normal ! Dans la vie, un des traits de mon caractère c’est de faire et puis de réfléchir après. Je ne suis pas complètement inconsciente je vous rassure mais je fais d’abord et en faisant j’ajuste. C’est ma façon de fonctionner : je dois mettre les mains dedans pour comprendre comme cela va se passer.

Alors pour cette newsletter, à part avoir l’intime conviction qu’il fallait que je le fasse, en parler souvent et réfléchir pendant 1 an à comment j’allais m’y prendre, il ne s’est rien passé.

La bonne nouvelle c’est qu’en un an j’ai eu plein d’idées pour la suite… Mais ça ne me ressemble tellement pas. Je m’imaginais telle une Carrie Bradshaw vous écrire ma rubrique toutes les semaines, (d’ailleurs quelle journaliste qui écrit si peu a les moyens d’avoir un appart dans le West Village et une nouvelle paire de Manolo Bhalik tous les épisodes ? Ok, elle a écrit des livres mais bon c’est pas l’eldorado l’édition ! On nous a menti à un moment, la vie d’indépendante c’est un peu plus le bordel que ça!). Et voilà comme vous pouvez le voir, je suis de retour, je fais des digressions longue comme le bras…

Tout ça pour dire que je m’imaginais en train de vous écrire à la terrasse d’un café, depuis mon petit bureau avec ma vue sur Paris, sur mon canapé en jogging, bref je m’y voyais déjà ! Et j’ai tout d’un coup été prise d’une panique toute nouvelle :

– « Mais qui suis-je pour prendre la parole comme ça et parler d’entrepreneuriat ? » 

Coucou le syndrôme de l’imposteur ! Ou de l’usurpatrice peu importe le mot. Il m’aura fallu 11 mois et 7 semaines de réflexion, pour avoir le déclic. Un jour comme les autres je parlais de l’histoire d’une Femme inspirante qui est partie de rien et qui a monté son entreprise dans un milieu d’hommes pour aujourd’hui gérer 500 employées et finalement revendre sa boîte en mode “jackpot”. Et bien, au début, au DAY ONE, elle était seule sur son canapé.

En disant les mots « sur son canapé », ça a été l’épiphanie. Mais attendez, moi aussi je suis légitime, moi aussi quand j’ai commencé j’étais solo sur mon canapé, et maintenant j’emploie 25 personnes et 2 stagiaires dont 1 alternance. Alors non, je ne suis pas en train de revendre ma boîte mais tout ça, tout le “package de la galère”, je le vis : Make My Lemonade c’est ma vie. Ces 5 dernières années (ok 4 et demi) je les ai vécues de plein fouet, et je crois pouvoir apporter ma pierre (aussi petite soit elle pour l’instant) à l’édifice.

Ce sentiment ne dicte pas qui je suis, il est présent mais ne me définit pas. Je le vis, je le ressens donc je suis légitime pour en parler. CQFD. Fin de thérapie ou presque.

J’avance.

Avec moi ce n’est pas plus compliqué que ça. J’avance vite, une discussion, regarder le problème bien en face, identifier ce que ça réveille en moi et boum je passe à autre chose. J’ai la chance de fonctionner comme ça. Mais je vous rassure j’ai d’autres soucis que je mets un peu plus de temps à régler.

L’idée avec cette newsletter ce n’est pas de donner des conseils – je pense que je suis loin d’être arrivée – mais c’est de vous parler des choses de mon quotidien. Choses qui me paraissent normales parce que j’ai le nez dedans mais quand je lis vos messages sur les réseaux sociaux qui me demandent, quels sont mes processus créatifs, comment j’écoute mon intuition, comment créer une collection step by step, comment recruter une équipe… Je me dis que j’ai tellement de choses à vous raconter !

Pendant cette année de réflexion j’ai écrit dans les notes de mon téléphone des sujets que j’avais envie d’aborder comme : L’autorité est elle compatible avec la bienveillance, les valeurs d’une entreprise, l’écologie et mon dégoût de la désinformation, de la peur de rater et des risques à prendre, de la gestion des conflits… Bref plein de trucs !

Je n’ai pas de solution miracle mais je peux vous parler de mes questionnements et de ce que j’ai pu faire pour ma boîte en espérant que ça puisse vous être utile (à vous d’en tirer les apprentissages dont vous aurez besoin).

J’apprends tous les jours et je suis loin d’être la perfection incarnée — et puis je pense que ça rend malheureuse d’essayer de l’être, mais ça on en reparlera aussi.

Je vous mentirais si je vous disais qu’être entrepreneur.se c’est simple. Il faut aimer tomber, savoir rebondir, regarder les problèmes bien en face et ne pas plisser les yeux pour que ça passe mieux. Mais quand vous arrivez au bout de vos objectifs c’est si bon ! Généralement en chemin, vous trouvez du plaisir et aussi de nouveaux objectifs… Et puis il y a un terme que je trouve galvaudé, c’est celui de “success story”, qui occulte souvent la partie acharnée de l’entrepreneuriat, pour ne garder que le côté brillant de l’iceberg. Parce que (je vais être vulgaire) putain c’est du boulot, du travail, du taf, des larmes, des larmes, du taf encore, du boulot toujours , DE LA JOIE, et du boulot encore. Alors si d’aventure vous croisez le terme « success story » n’oubliez de le faire rimer « work stories ».

bisous

Lisa

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inspiration / 09.01.2019

Loin des codes de la fast-fashion, nous nous efforçons depuis 3 ans de vous offrir une mode différente. Des quantités limitées et raisonnables qui s’adaptent et évoluent en fonction de vos retours et de notre croissance. 

Nous sommes fièr-e-s aujourd’hui d’avoir construit une histoire de confiance avec vous, mais aussi d’avoir noué des relations avec nos façonniers parisiens, portugais, macédoniens, espagnols et italiens. 

Cette confiance et ces relations nous permettent de maîtriser notre production, de faire bouger des lignes et de changer les mauvaises pratiques à notre échelle. Mais surtout d’apprendre à produire de manière de plus en plus responsable et juste. 

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